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Texto

N. 20 - 19 mai 1992

L'OSSERVATORE ROMANO

Hebdomadaire en langue française 3

Homélie du Saint-Père lors de la béatification

de Josemaría de Balaguer et Giuseppina Bakhita

SUITE DE LA PAGE 1

qui le,pousssit à offrir à Dieu tout ce qu'il avait et tout ce qui l'entourait. En effet, sa vie était imprégnée d'humanisme chrétien et marquée sceau incomparable de la bonté, de la douceur de coeur, de la secrète patience aven laquelle Dieu purifie et sanctifie ses élus.

4. L'actualité et la transcendance de ce message spirituel, profondément enraciné dans l'Évangile, sont évidentes, comme le montre la fécondité par laquelle Dieu a béni la vie et l'oeuvre de Josemaría Escrivá. Sa terre natale, l'Espagne, s'honore d'avoir un tel fils, prêtre exemplaire, qui sut ouvrir de nouveaux horizons apostoliques à l'action missionnaire et évangélisatrice. Puisse cette joyeuse célébration être pour tous les membres de la Prélature de 1' Opus Dei une occasion opportune pour les inciter à s'engager davantage, en répondant à l'appel à la sainteté, et à participer plus généreusement à la vie ecclésiale en étant toujours témoins des valeurs authentiques de l'Évangile, ce qui doit se traduire par un courageux dynamisme apostolique, avec une attention particulière pour les plus pauvres et les plus nécessiteux.

5. Dans la bienheureuse Giuseppina Bakhíta ans í, nous avons un témoin éminent de l'amour paternel de Dieu et un signe lumineux de l'actualité permanente des Béatitudes. Née au Soudan en 1869, enlevée par des négriers quand elle était encore enfant et vendue plus d'une fois sur les marchés africains, elle connut les atrocités d'un esclavage qui laissa profondément sur son corps les marques de la cruauté humaine. Malgré ces douloureuses expériences, son innocence resta intacte; riche d'espérance. « Esclave, je ne me suis jamais laissée aller au désespoir - disait-elle - car je sentais en moi une force mystérieuse qui me soutenait »: Le nom de Bakhíta - que hü avaient donné ses ravisseurs - signifie heureuse, et c'est ce qu'elle devint, grâce au Dieu de toute consolation qui la tenait toujours par la main et cheminait à ses côtés.

Arrivée à Venise, par les voies mystérieuses de la divine Providence, Bakhíta s'ouvrit vite à la grâce. Le baptême puis, quelques années plus tard, la profession religieuse chez les Soeurs Canossiennes qui l'avaient accueillie et instruite, furent les conséquences logiques de la découverte du trésor de l'Évangile pour lequel elle sacrifia tout, même son retour, une fois libre, dans sa terre natale. Comme Madeleine de Canossa, elle voulait, elle aussi, vivre pour Dieu seul, et avec une constance héroïque elle avança; humble

et confiante, sur la voie de la fidélité au plus grand amour. Sa foi était ferme, limpide, ardente. « Si vous saviez quelle grande joie c'est de connaître Dieu ! », aimait-elle répéter.

6. La nouvelle bienheureuse passa cinquante et un an dans la vie religieuse canossienne, se laissant guider par `l'obéissance, dans une application quotidienne, humble et cachée, mais riche de charité authentique et de prière. Les habitants de Schlo, où elle résida presque tout le temps, découvrirent bien vite dans leur « Mère Brunette », comme ils l'appelaient, une humanité riche en don de soi, une force intérieure hors du commun qui entraînait les autres. Sa vie se dépensa en une prière incessante d'inspiration missionnaire, en une fidélité humble et héroïque à la charité, qui lui permit de vivre la liberté des fils de Dieu et de l'encourager autour d'elle.

En notre temps, où la course effrénée au pouvoir, à l'argent, à la jouissance, cause tant de méfiance, de violence et de solitude, Soeur Bakhita nous est donnée par le Seigneur comme une soeur universelle, afin qu'elle nous révèle le secret du bonheur le plus vrai : les Béatitudes.

Son message est un message de bonté héroïque, à l'image de la bonté du Père céleste. Elle nous a laissé un témoignage de réconciliation et de pardon évangéliques qui apportera un réconfort certain aux chrétiens de sa patrie, le Soudan, si durement éprouvés par un conflit qui dure depuis de nombreuses années et qui a provoqué tant de victimes. Leur fidélité et leur espérance sont un motif de fierté et d'action de grâce pour toute l'Église. En cette période de grandes épreuves, Soeur Bakhita les précède sur la voie de l'imitation du Christ, de l'approfondissement de la vie chrétienne et de l'inébranlable attachement à l'Église. Je voudrais en même temps adresser encore une fois un pressant appel aux responsables des destinées du Soudan, afin qu'ils mettent en oeuvre les idéaux, qu'ils proclament, de paix et de concorde, et afin que le respect des droits fondamentaux de l'homme - et en premier lieu le droit à la liberté religieuse - soit garanti à tous, sans discrimination ethnique ou religieuse.

La situation de centaines de milliers de réfugiés des réglons méridionales, que la guerre a contraints à abandonner leurs maisons et leur travail, suscite une grande préoccupation ; récemment, ils ont été obligés de quitter aussi les camps où ils avalent trouvé une certaine assistance, et ils ont été transportés en des lieux désertiques ; on a même empêché le fibre passage aux convois de secours des agences

internationales. Leur situation esttragique et ne peut nous laisser insensibles.

Je recommande vivement aux Organismes internationaux d'assistance de bien vouloir continuer à apporter leur aide concrète, nécessaire et urgente.

Tandis que je salue la délégation de l'Église au Soudan présente à cette célébration, ma pensée, accompagnée de prière, se tourne avec affection vers toute l'Église de ce pays : les évêques, le clergé diocésain et missionnaire, les laïcs engagés dans la pastorale, et aussi les catéchistes, collaborateurs généreux et nécessaires pour diffuser la Vérité, la Parole et l'Amour de Dieu.

Lés populations du Soudan sont toujours présentes à mon coeur et à ma prière : je les confie . à l'intercession de la nouvelle bienheureuse Giuseppína Bakhíta.

7. « Je vous donne un commandement nouveau : c'est de vous aimer les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres. Ce qui montrera à tous les hommes que vous êtes mes disciples, c'est l'amour que vous aurez les uns pour les autres » (Jn 13, 34-35). L'Évangile de la messe, d'aujourd'hui se termine par ces paroles de Jésus. Dans cette phrase -de l'Évangile, nous trouvons la synthèse de toute sainteté, de la sainteté qu'ont atteinte, par des voies

différentes' mais convergeant vers un même etunique but, Josemaría Escrívá de Balaguer et Giuseppina Bakhita. Ils ont aimé Dieu de toute la force de leur Øur et ils ont donné la preuve d'une charité poussée jusqu'à l'héroïsme par leur activité au service des hommes, leurs frères. C'est pourquoi 1'Eglise lés élève aujourd'hui aux honneurs des autels et les présente comme des exemples d'imitation du Christ, lui qui nous a aimés et qui s'est livré pour chacun de nous (cf. Ga 2, 20).

8. « Maintenant, le Fils de l'homme est glorifié, et Dieu est glorifié en Lui » (Ju 13, 31) : c'est le mystère pascal de la gloire.

Par le Fils de l'homme, cette gloire s'étend à toute la création visible et invísibie

« Que tes oeuvres, Seigneur, te rendent grâce

et que tes fidèles te bénissent !

Ils diront la gloire de ton règne » (Ps 145/144, 10-11).

Voici le Fils de l'homme : « Ne fallait-il pas qu'il souffrît tout cela pour entrer dans sa gloire ? »

Voici ceux qui, de génération en génération, ont suivi- le Christ : « En passant par bien des épreuves, ils sont entrés dans le royaume de Dieu

« Ton règne est un règne éternel » (Ps 145/144, 13). Amen

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