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Hebdomadaire en langue française

L'OSSERVATORE ROMANO

Città del Vaticano N. 20 - 19 mai 1992

Le Pape Jean-Paul ll élève à l'honneur des autels

Josemarla de Balaguer

Giuseppina Bakhita

Øux bienheureux qui ont atteint la sainteté

par des voies différentes mais convergeant vers un même but

Une rencontre extraordinaire entre deux charismes a eu lieu sur la place Saint-Pierre, a souligné le Pape durant la sainte messe, célébrée dans la matinée du dimanche 17 mai 1992, pour la béatification du prêtre espagnol et de la religieuse canossienne originaire du Soudan. Voici une traduction de l'homélie du Pape

1. « Il nous faut passer par bien des épreuves pour entrer dans le royaume de Dieu » (Ac 14, 22).

Aux deux disciples qui l'accompagnaient sur 1a route d'Emmaüs, Jésus dit : « Ne fallait-il pas que le Messie souffrît tout cela pour entrer dans sa gloire ? » (Lc 24, 26).

Et la première lecture nous a fait entendre les Apôtres - Paul et Barnabé - qui « affermissaient le courage des disciples et les exhortaient à persévérer dans la foi » (cf. Ac 14, 22). II annoncent la même vérité que celle dont le Christ avait parlé sur la route d'Emmaüs, une vérité confirmée par sa vie et par sa mort : « Il nous faut passer par bien des épreuves pour entrer dans le royaume de Dieu ».

Dans toutes les générations qui se succèdent au cours du temps, les disciples du Christ crucifié et ressuscité choisissent la voie même qu'il leur avait indiquée.

« C'est un exemple que je vous ai donné » (Jn 13, 15).

2. Aujourd'hui nous est offerte l'occasion de porter encore une fuis notre regard sur cette voie du salut - la voie qui mène à la sainteté - en nous arrêtant à la figure de deux personnes que nous appelons désormais « bienheureuses » : Josemaría Escrivá de Balaguer, prêtre, fon

dateur de l'Opus Dei, et Giuseppina Bakhíta, Fille de la Charité, canossienne.

L'Église veut servir et professer toute la vérité sur le Christ, elle veut être la dispensatrice de tout le mystère de sqn Rédempteur. Si la route du Royaume de Dieu passe par bien des épreuves, au bout de cette route se trouve aussi la participation à la gloire, cette gloire que le Christ nous a révélée dans sa Résurrection.

L'ampleur de cette gloire est indiquée par la Jérusalem nouvelle, qu'annoncent les paroles inspirées de l'Apocalypse de saint Jean : « Voici la demeure de Dieu avec les hommes ; il demeurera avec eux, et ils seront son peuple, Dieu lui-même sera avec eux » (Ap 21, 3).

« Voici que je fais toutes choses nouvelles » (Ap 21, S), dit le Seigneur de gloire. La route de cette « nouveauté » définitive de toutes choses passe, sur cette terre, par le « commandement nouveau » : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous aí aimés » (Jn 13, 34).

Ce commandement fut au centre dé la vie de deux membres exemplaires de l'E~lise qui, aujourd'hui, dans la joie pascale, sont proclamés bienheureux.

3. Josemaría de Balaguer, né dans une famille profondément chrétienne, se sentit dès son adolescence appelé par Dieu à une vie de don total de soi. Quelques années après son ordination sacerdotale, il lança la fondation à laquelle il devait consacrer quarante-sept années de dévouement inlassable et affectueux en faveur des prêtres et des laïcs qui forment maintenant la Prélature de l'Opus'Dei.

La vie spirituelle et apostolique du nouveau bienheureux était fondée sur la conscience, grâce à la foi, d'être fils de

Dieu dans le Christ. Cette foi nourrissait son amour pour le Seigneur, son zèle évangélisateur, son allégresse constante, même au milieu des grandes épreuves et des difficultés qu'il eut à surmonter. « Porter la croix, c'est trouver le bonheur, la joie - nous dit-il dans l'une de ses Méditations -; supporter la croix, c'est s'identifier au Christ, c'est être le Christ, et par conséquent être fils de Dieu ».

Avec une intuition surnaturelle, le bienheureux Josemaría a prêché inlassablement l'appel universel à la sainteté et à l'apostolat. Le Christ invite tout le monde à se sanctifier dans la vie concrète de chaque jour; pour cela, le travail est aussi un moyen dé sanctification personnelle et d'apostolat quand on l'accomplit en union avec Jésus-Christ, car le Fils de Dieu, en s'incarnant, s'est uni en quelque sorte avec toute la réalité de l'homme et avec toute la création (cf. Encyclique Dominum et vivificantem, n. 50). Dans une société où le désir effréné de posséder transforme les biens matériels en idoles qui amènent les hommes à s'éloigner de Dieu, le nouveau bienheureux nous, rap

pelle que ces réalités concrètes, créées par Dieu et par le génie humain, si l'on s'en sert correctement pour la gloire du Créateur et au service des frères humains, peuvent être un chemin qui conduit les hommes à rencontrer le Christ. « Toutes les choses de la terre - disait-il -, y compris les activités terrestres et temporelles des hommes, doivent être rapportées à Dieu » (Lettre du 19 mars 1954).

« Mon Dieu, mon Roi, je bénirai ton nom toujours et à jamais ». Cette exclamation du psaume de méditation de ce jour est comme un résumé de la vie spirituelle du bienheureux Josemaría. Son grand amour pour le Christ, par qui il se sent fasciné, le conduit à se consacrer pour toujours à Lui et à participer au mystère de sa Passion et de sa Résurrection. II éprouve en même temps pour la Vierge Marie un amour filial qui l'incite à imiter ses vertus. « Je bénirai ton nom toujours et à jamais » : telle est l'hymne qui jaillissait spontanément de son âme et

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